Dans un incendie, la fumée tue avant les flammes : elle asphyxie, aveugle et empêche de trouver les sorties. Évacuer ces fumées est donc un objectif de sécurité à part entière. Là où le désenfumage mécanique s’appuie sur des ventilateurs, le désenfumage naturel utilise simplement la chaleur : les fumées, plus légères, s’échappent par des ouvrants en partie haute. Voici comment il fonctionne, où il est imposé et ce que contrôlent ses vérifications.
Le principe du tirage thermique
Le désenfumage naturel repose sur le tirage thermique : la fumée chaude monte et s’évacue par des ouvertures situées en partie haute du local (toiture ou haut de façade), tandis que de l’air frais entre par des amenées d’air en partie basse. Ce balayage crée une zone d’air respirable près du sol et dégage les cheminements.
Les ouvrants d’évacuation sont appelés exutoires (en toiture) ou ouvrants de désenfumage (en façade). Leur efficacité dépend de leur surface, de leur position et de la présence d’amenées d’air suffisantes : sans entrée d’air basse, pas d’évacuation haute.
Le désenfumage naturel évacue les fumées par tirage thermique, sans énergie. Le désenfumage mécanique les extrait par ventilateurs. Le choix dépend de la configuration du local (hauteur, surface, compartimentage) et des exigences réglementaires. Un même bâtiment peut combiner les deux selon les zones.
La surface utile d’évacuation des fumées
Un exutoire n’évacue pas toute sa surface géométrique : on raisonne en surface utile d’évacuation des fumées (SUE), qui tient compte du rendement aéraulique de l’ouvrant. L’exigence s’exprime en pourcentage de la surface au sol du local ou du canton à désenfumer.
La règle générale, issue de l’instruction technique IT 246 annexée au règlement de sécurité des ERP, retient couramment un rapport de l’ordre de 1/100 à 1/200 de la surface au sol selon la nature et le risque du local. Le local est souvent découpé en cantons de désenfumage délimités par des écrans de cantonnement, pour éviter que la fumée ne se répande sur toute la surface.
| Notion | Ce qu’elle désigne |
|---|---|
| Exutoire | Ouvrant d’évacuation des fumées en toiture |
| Amenée d’air | Entrée d’air frais en partie basse |
| Canton de désenfumage | Volume délimité pour contenir la nappe de fumée |
| Écran de cantonnement | Retombée fixe ou mobile qui borde un canton |
| Surface utile (SUE) | Surface d’évacuation réelle, après rendement |
Où le désenfumage naturel est-il exigé ?
L’obligation de désenfumer et le choix entre naturel et mécanique dépendent du type de local et de sa configuration. On retrouve le désenfumage naturel notamment dans :
- Les circulations horizontales et escaliers encloisonnés de nombreux ERP et bâtiments d’habitation.
- Les locaux de grande surface ou de grand volume : commerces, ateliers, halls, où les exutoires en toiture sont adaptés.
- Les lieux de travail, au titre du Code du travail, dès lors qu’ils présentent un risque particulier ou dépassent certains seuils de surface.
Le désenfumage mécanique prend le relais quand la configuration ne permet pas un tirage naturel efficace. Notre article sur la maintenance du désenfumage mécanique détaille cette seconde famille de systèmes.
Commandes et déclenchement
Les exutoires doivent pouvoir s’ouvrir au bon moment. Le déclenchement se fait par une commande manuelle (boîtier à proximité de l’accès) et, dans les installations les plus complètes, de façon automatique via un asservissement au système de sécurité incendie. L’énergie d’ouverture est souvent apportée par des cartouches de gaz ou des moteurs. La cohérence de cet ensemble avec la détection incendie renvoie à la logique des catégories de SSI, qui déterminent le niveau d’automatisme d’un bâtiment.
Vérifications périodiques
Un dispositif de désenfumage doit être vérifié régulièrement, car il ne sert qu’une fois, le jour d’un sinistre. Les contrôles portent sur :
- L’ouverture effective des exutoires et ouvrants sur commande, sans blocage ni grippage.
- Les commandes manuelles : accessibilité, signalisation, bon fonctionnement.
- Les amenées d’air : présence, ouverture, absence d’obstruction.
- Les asservissements et le report d’information vers le tableau de sécurité, le cas échéant.
Une vérification annuelle au minimum est attendue, complétée par des essais lors des visites réglementaires. Chaque intervention est consignée : c’est tout l’objet du registre de sécurité incendie, qui garde la trace des essais de désenfumage.
Ce qu’il faut retenir
Le désenfumage naturel évacue les fumées par tirage thermique, grâce à des exutoires en partie haute et des amenées d’air en partie basse. Son dimensionnement se raisonne en surface utile, selon l’instruction technique IT 246 et les règles propres au bâtiment, avec un découpage en cantons. Ses commandes, manuelles ou asservies au SSI, et l’ouverture effective des ouvrants doivent être vérifiées au moins une fois par an et consignées. Pour faire contrôler votre installation de désenfumage, demandez un devis à un professionnel.